January 30, 2026

À qui appartiennent les droits d’un artiste virtuel créé par IA ?

À qui appartiennent les droits d’un artiste virtuel créé par IA ?

L’intelligence artificielle ne se contente plus d’assister les créateurs : elle les fabrique.

Des artistes virtuels, dotés d’une identité complète, d’une voix, d’un style musical ou visuel, et parfois même d’une personnalité narrative, émergent sur les réseaux, collaborent avec des marques et rassemblent des communautés entières. Ils ne dorment pas, ne vieillissent pas, ne contestent pas leurs contrats. Ils sont, pour l’industrie culturelle, un paradoxe fascinant : des artistes sans humanité.

La question juridique est vertigineuse. Un artiste virtuel ne peut évidemment pas être titulaire de droits, puisqu’il ne possède ni personnalité ni conscience. Les droits patrimoniaux appartiennent à ceux qui l’ont conçu, modélisé et animé. Le droit moral, quant à lui, demeure réservé aux personnes physiques : aucune IA ne peut revendiquer un pseudonyme ou le respect de son intégrité. L’univers du personnage appartient donc autant à son créateur qu’un film à son producteur.

Mais la difficulté surgit lorsque l’artiste virtuel imite, même involontairement, l’apparence, la voix ou les codes esthétiques d’une personne réelle. La frontière entre inspiration et appropriation devient délicate. Un avatar trop proche d’un chanteur existant peut constituer une atteinte au droit à l’image ou une usurpation d’identité, quand bien même la ressemblance résulterait d’une génération algorithmique.

Pour les labels, les studios et les marques, la création d’artistes virtuels impose une vigilance accrue. Il faut définir précisément l’origine des données utilisées, sécuriser les droits sur l’apparence et la voix synthétique, encadrer contractuellement l’exploitation du personnage et s’assurer que son esthétique n’emprunte pas de manière trop rapprochée à un artiste identifiable. L’avatar n’est pas un écran de liberté : il devient un sujet juridique à part entière, dont il faut maîtriser la chaîne de droits.

L’artiste virtuel promet une créativité sans fatigue et sans conflit. Mais c’est précisément cette absence de fragilité humaine qui lui retire la profondeur et la vérité du geste artistique. Un personnage numérique peut séduire, fasciner ou divertir ; il ne peut pas encore éprouver, ni émouvoir comme un être réel. La création d’avatars est une nouvelle scène. Elle ne remplace pas la scène humaine ; elle en ouvre simplement une autre.

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